Pause

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J'y pense depuis quelques temps, je dois faire une pause. Mon lecteur, qui notera que je ne le tutoie pas ici, car ce n'est pas de lui dont il s'agit, devra considérer que je ne m'adresse pas à lui. L'écriture peut en effet être vue comme un élan vers l'autre, l'énonciation d'une pensée qui a pour but la recherche d'un effet chez l'autre. Mais il me semble que cette recherche d'effet est mineure dans l'acte d'écrire. Elle est sans doute la manifestation plus ou moins consciente d'un narcissisme sinon d'un cri du cœur pour dire qu'on existe. Pas plus. L'essentiel de l'écriture selon moi est l'écriture pour soi, dont le sens est la formulation d'une pensée que l'on cherche à préciser et maîtriser, et qui, pour se réaliser, a besoin d'affronter la lecture de l'autre. Non pas simplement parce qu'un retour lui est indispensable, mais parce qu'une pensée gardée pour soi ne s'interroge jamais elle-même s'il n'y a pas la possibilité de cette rencontre, même potentielle, avec le lecteur.

J'écris depuis longtemps ainsi, sans recherche de lecteur. Au fil des ans, j'ai écrit sur plusieurs blogs et ai conservé l'essentiel de mes textes sur le dernier en date, www.voxdomini.online. L'an dernier, j'ai désiré m'exprimer autrement, tenter la vidéo. J'aimais bien, ça m'a redonné un rythme, un peu de souffle. Mais voilà… l'actualité m'a usé. Vraiment usé. J'ai stoppé les vidéos, pensant les reprendre, et puis non. Je n'avais pas la force. Macron et son monde m'ont vidé (je me suis déjà exprimé sur ce sujet, sur mon blog, je n'y reviens pas). Je me suis coupé d'énormément de flux d'infos, j'ai limité le parasitage, comme je l'avais fait il y a longtemps avec la télé puis la radio. Mais le silence seul soulage, et je m'aperçois aujourd'hui de ce que j'entrevoyais déjà depuis longtemps : l'information, l'actualité, ne sont que du parasitage. Il n'y a plus d'information qui soit greffée à l'actualité. L'information utile prend le temps, le contrecoup, accepte le temps long et la réflexion, et ne se trouve pas dans les flux quotidiens, balancés aux mouettes que nous sommes, troqués contre de la pensée.

Je dois dire aussi que je ne suis plus le même qu'il y a quelques années, avant qu'une crise de panique ne m'arrête, me forçant à repenser ma vie et repenser la société. La société… Notre société qui est toute entière la société de la mise au travail. Cette société que je rejette et qu'il me faut éloigner. Je dois m'en protéger.

Je dois donc faire une pause. J'en ai pris conscience. Et même s'il m'est pénible d'imaginer me couper de la petite histoire au cœur de la grande, je constate qu'elle m'épuise, elle me ronge. Je ne parviens pas à vivre avec elle. Son absurdité, son injustice, sa perversion, ses mensonges se répètent, encore et encore, passant d'un corps bête à un autre, que ce dernier soit président de la République, ministre, député ou qu'il se croit journaliste. Il me faut, pour un temps, l'ignorer, arrêter de la suivre au jour le jour, filtrer, enlever le parasitage, c’est-à-dire presque tout. Ceux qui m'ont lu dans "la course du soleil" doivent avoir compris que mon épuisement psychologique a altéré mes capacités cognitives, ma mémoire, mes mémoires, ma capacité de concentration, ma résilience. Je ne peux qu'inviter les autres à me lire dans ce roman, car ceux qui, comme moi, ont subi ou subissent ces syndromes (burnout et Cie) sont légion. Ils nous entourent et se taisent. Ils sont vos amis, vos voisins, vos frères et sœurs, vos parents, vos enfants. Ils ont honte de leur histoire et de leur état et, ne désirant pas se considérer comme victimes, restent comme en apesanteur hors de la société qui les a détruits et pourtant reliés à elle par le cordon ombilical des fausses valeurs, à commencer par celles du travail et du mérite, et des croyances limitantes.

L'écriture de mon roman a pris cinq années, le temps nécessaire à trouver les mots justes, et expliquer de l'intérieur l'épuisement psychologique, la maltraitance, le "travail"… Cette écriture m'a fait prendre conscience qu'elle n'est pas une perte de temps. Au contraire, elle le transcende.

Je décide donc de fermer quelques onglets. Facebook, sur lequel j'avais créé mon compte pour des raisons professionnelles. Je verrai bien si j'y écris encore, mais je n'irai plus y lire. Twitter, que je n'irai visiter que pour trouver une information précise (je pense notamment aux threads très intéressants de certains historiens). Le Monde, dont je ne lisais plus que la page d'accueil et parfois un article sur la "politique" française.

Je n'accepte plus les peurs, les moralisations, les mésinformations. Elles rentrent en nous, qu'on le veuille ou non, qu'on y prenne garde ou pas. Elles s'insinuent, contre notre propre volonté et les barrières que nous dressons. Je tente donc aujourd'hui d'en dresser une bien plus importante qu'auparavant et, de la même façon que je ne m'informe pas de la météo mais regarde le ciel, je ne m'informerai plus et si une attaque de zombies nous menacent ce seront les affolements de mes voisins qui m'alerteront. C'est une protection qui devra sans doute évoluer, s'adapter, mais elle est salutaire.

Je veux écrire plus, composer plus, créer plus, et mes lectures seront encore plus nombreuses, mais elles seront des lectures qui en valent la peine, ce que n'est définitivement plus jamais ce qui nous est vendu pour de l'actualité. Ainsi, je vais tenter de m'interdire d'écrire au sujet de l'actualité. Il me semble en avoir fait le tour, tant ceux qui en détiennent les horloges sont médiocres et nous empoisonnent de leur médiocrité. Je n'en attends plus rien et entre en période de sevrage.