Macron et les moutons

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Je résume ce qui s'est passé ce week-end, histoire de bien comprendre.

Benalla n’a pas pu être écouté par la Commission de l’Assemblée Nationale. Pas possible selon l’Elysée.

Cette dernière joue la montre et, par l’intermédiaire de son chef, finit par narguer et rejette la faute sur la presse.

Benalla intervient sur TF1 lors d’une interview. L’entendre dans le cadre d’une déclaration sur serment était impossible, mais sur TF1, une fois la tempête passée, ça passe.

Benalla s’est rasé, porte des lunettes, une cravate et l’enrobage premier de la classe qui va avec. LREM se sert de ça pour imposer sa vision : Benalla n’est pas une frappe, c’est un mec sympa et sérieux. La preuve, il a une cravate.

Benalla fait comme ses copains du gouvernement et de la préfecture : ce n’est pas lui, c’est la police qui lui a filé l’équipement, il n’a pas commis de faute de ce côté-là. La loi dit le contraire, mais il connaît le Président, il doit donc avoir raison. Et puis, oh ! Vous avez vu quand même la dégaine du type ? Il ne touche pas 7000€ par mois pour rien : il porte bien la cravate.

Benalla n’a pas non plus commis de faute dans ses actes : il n’a pas frappé même si les vidéos disent le contraire. Non, non, si vous regardez au ralenti, y’a pas péno ! Et puis de toute façon, ce couple était un couple de délinquants, il jouait son rôle de citoyen car, pour lui, c’était des délinquants. C’est bien connu, n’importe qui en France, s’il pense voir des délinquants, a le droit de se prendre à la fois pour un flic et un juge et les taper. Ha non, pardon, ne pas les taper car au ralenti y’a pas péno…

L’interview a été coupée. C’est un montage. C’est du fake. Il est parfaitement impossible de donner crédit à ces images puisque personne ne peut juger de l’objectivité de la « journaliste » et de ses questions, de l’origine de ses questions, des intervenants qui, par derrière durant les coupures, ont repris l’intéressé voire l’intéressée, du nombre de prises effectuées par question pour s’assurer du choix des mots. C’est un montage, c’est de la merde ou de la com' pour parler le jargon d’entreprise. Mais LREM trouve que ça prouve que Benalla n’est pas une frappe et qu’il a démontré qu’il n’y a pas affaire d’Etat.

Et hop ! Comme par magie, la presse qui s'était pourtant relativement bien tenue jusqu'à présent dans cette affaire, joue de nouveau cette presse aux ordres, ce journalisme de gouvernement et, en modèle absolu de la perversion du grand manitou, oriente ses questions et ses doutes vers l'opposition et le complotisme : est-ce que l'opposition n'irait finalement pas trop loin ? Est-ce vraiment une affaire d'Etat ? Les vraies questions sous le tapis, les couilles bien au chaud. Il ne manque plus qu'un philosophe de gouvernement qu'est BHL ou un Jacques Attali pour venir nous faire la morale et nous asséner de nous taire tels les enfants dissipés que nous devons bien être.

Nous sommes dans le classique de notre époque : tout est com', tout est spectacle. Inutile de revenir sur tout ce qui pue dans cette affaire dès le départ, nous en avons de pleines cagettes. Mais des cagettes destinées à être ressorties par les historiens, s'ils existent encore, dans cinquante ans...

Ma conclusion de ce week-end dans l'affaire Benalla-Macron : on nous prend pour les moutons que nous sommes trop nombreux à être. « On » ? Non, pas on : l’Elysée, le Président Macron et sa clique, LREM, et la majorité des médias nous prennent pour des moutons.