Macron et les bruits de bottes

23
10
19

"La France, c'est la sécurité. La France, c'est la santé. La France, c'est l'éducation et les jeunes" vient de crier, tel un pantin désarticulé et atrophié par les écarts de température à l'arrivée à Mayotte, Emmanuel Macron.

On aurait tout aussi bien pu dire "La France, c'est la choucroute. La France, c'est Notre Dame. La France, c'est Tirelipimpon sur le chihuahua" qu'on se serait autant rapproché d'une quelconque vérité. Cette déclaration apparaît légère, idiote, fragile et, n'en déplaise à son penseur, très éloignée de toute complexité.

Cette déclaration est un message commercial. Un président en campagne débarque de son avion et, n'étant là que pour la communication et prendre le soleil, étale ses produits d'appel. Ca aurait pu être la promesse de travail, de baisse de la pauvreté, c'est la sécurité, la santé, l'éducation et les jeunes. Il ne pouvait pas être plus flou. La phrase ne veut rien dire. La France, c'est ceci et je vous le promets sur votre île. Rien de neuf, faire de la nouvelle politique n'aura jamais été aussi proche de l'ancienne, à ceci près que d'autres paraissaient bien plus sincères dans leur prestation scénique.

Mais la question que je me pose depuis quelque temps est chamboulée par ce retour à la thématique de la sécurité de Macron. "La France, c'est la sécurité." D'autres, avant lui, et pas plus vieux que ses proches durant son mandat, se sont essayés au fameux "la première des libertés, c'est la sécurité" ; un slogan conceptuellement faux et dangereux, mais qui fonctionne hélas comme propagande de guerre en temps de paix.

"La France, c'est la sécurité" permet, sans besoin de l'argumenter et d'en discuter, de justifier le tournant sécuritaire du Gouvernement. Devrais-je dire de la présidence. Les moyens et sa cause.

Car la question que je me pose depuis quelques temps est emprunte du contexte actuel de la fin annoncée du néolibéralisme et des trois crises qu'il nous force à affronter : la crise environnementale, la crise sociale et la crise politique. Toutes trois sont les conséquences du néolibéralisme et de son refus d'accepter toute autre organisation socio-économique. Et nous voyons, un peu partout, des gens se soulever. Doucement ou violemment, c'est selon. Dans des dictatures ou des Etats se disant démocratiques, il y a de tout. Nous voyons les soulèvements, les colères, les revendications ou les affirmations d'un nouveau temps qui arrive : celui du partage et de la mesure, peut-être.

Et face à aux colères, le tout sécuritaire est à l'œuvre. En France, cela fait un an que la limite est dépassée sans qu'aucun membre du Gouvernement ne s'en émeuve. Droits dans leurs bottes, nos représentants ne nous représentent plus et nous imposent leur vérité, leur vision de la République, leur austérité, leurs contraintes sécuritaires.

La question que je me pose est donc celle-ci : Macron a-t 'il compris ce qui arrive ? Croit-il comme beaucoup que son propre système arrive à terme et avec lui un effondrement ? Et, se refusant à changer de cap, pense-t-il que son rôle est de contraindre peu à peu le peuple à accepter la fin de toute démocratie ? "La France, c'est la sécurité" me fait penser que Macron, dans un cynisme absolu et mauvais perdant, et dans un élan de propagande, prépare le peuple aux bruits de bottes, seuls remparts (?) à un chaos possible.

L'autre issue est la fin du néolibéralisme, sans retour au libéralisme ou toute autre forme de capitalisme ; c'est la fin du productivisme, un nouveau système de production, la baisse drastique du temps de travail et une baisse des niveaux de vie. Tout ce que les libéraux ne sont pas prêts à abandonner, car ça signifie partage et fin des richesses. D'où les bruits de bottes que Macron préfèrerait, c'est l'hypothèse, faire entendre au loin, peu à peu, en commençant par des slogans a priori innonçants alors qu'ils sont annonciateurs...