La conchi-dération façon Macron

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Considérer, c’est entendre quand les gens se plaignent, pour les amener dans cette transformation.” Cette phrase, passée inaperçue, vient de l’esprit obtus de notre peu cher Président et est sortie de sa bouche lors de son intervention télévisée du 14 novembre dernier.

Le cadre de cette interview était un acte de propagande devenu très classique à la télévision sous la Vème République : celui d’un accord entre le pouvoir exécutif et le média qui l’accueille. Acte suprême de communication, rien n’y échappe : le choix de l’interviewer, docile et faussement interrogateur ; le choix du lieu, fait selon le profil du Président qu’il souhaite afficher ; les questions, bien évidemment consenties par avance par l’homme mis à mal dans ”l’Opinion” ; aucune contradiction faite aux propos tenus.
De prime abord anodine, cette phrase est ainsi posée dans un contexte où le Président est fortement contesté dans ses choix et dans la manière. Elle constitue donc un langage précis, aux mots pesés, à des fins de posture politique.

Et pourtant, Macron ne peut encore une fois s’empêcher de dire qui il est. Car “Considérer”, cela ne veut jamais dire ce que le chef de l’Etat nous impose ici ! Macron nous joue une fois de plus la politique à l’ancienne qu’il disait révolue, celle de la bonne vieille pédagogie ! Le peuple est con, il ne comprend rien, il faut lui expliquer. Longtemps. Répéter, encore et encore. Jusqu’à ce qu’il comprenne ? Non, pensez-vous : jusqu’à ce qu’il s’épuise et qu’il lâche.

Les sbires de Macron s’en sont régalés pendant des jours : le peuple est con, regardez ces gilets jaunes, nuls, bêtes, moches, des beaufs, des ignares ! La presse s’est lâchée, les fidèles de Macron, philosophes, éditorialistes, chiens de gardes fidèles ont balancé leur haine du prolo partout. Sur Twitter, c’était à vomir.

Macron nous le dit : pour lui, considérer c’est entendre. Ce n’est pas se mettre à la place de, ce n’est pas essayer de comprendre un point de vue différent, ce n’est pas tenter d’envisager qu’un autre avis est possible. Non, c’est entendre. Comme la novlangue est facile ! “Entendre”, comme on entend un enfant qui chouine, de la même façon que le peuple “se plaint”. Mais pas pour trouver une voie acceptable pour tous, ou même une majorité ; pas même pour comprendre pourquoi il se plaint. Non, entendre pour lui faire comprendre qu’il n’a pas le choix car il a tord, “pour l’amener dans cette transformation”.
Tout ce que Macron dit est de la perversion. Il est un politicien de la pire espèce, sans doute parce qu’il est comme les managers, les hauts-fonctionnaires de la pire espèce : ceux qui n’écoutent jamais car ils sont convaincus d’avoir raison en tout. Partant, tous leurs actes ne sont que manipulation, pour vous amener à accepter et à vous taire dans le plus parfait style de la perversion narcissique.

Voyez plutôt : quel est le seul argument de Macron pour défendre l’idée de l’augmentation des taxes sur les carburants ? La fameuse transition écologique. Nous n’aurions pas le choix. Il est obligé, c’est pas sa faute. Nous, capricieux réfractaires, nous sommes coupables de ne pas être conscients des enjeux écologiques. Pourtant, dans son fameux même temps, Macron se discrédite tout seul. Il vient en effet de rappeler une de ses promesses : faire tout au niveau mondial pour baisser le prix du pétrole ! C’est fabuleux comment quelqu’un qui n’a pas de cohérence se contredit aussi facilement : car baisser le prix du pétrole et donc celui des carburants aurait pour incidence directe l’augmentation des consommations d’énergie, ce qui n’irait pas du tout dans le sens de sa transition écologique chérie…

Politique et communication perverse. CQFD.