Je ne trouve même pas de titre...

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Un jour, promis, j’arrêterai de m’informer. Je ferai un travail sur moi-même pour ne plus écouter ce que disent nos élus. Ils mentent, ils déforment, ils jouent sur les mots comme avec nos esprits, et faire un vrai travail sur l’image et les mots est usant et long et ne s’adresse qu’à peu de monde. Balancez votre chat sur facebook, vous aurez bien plus de vues que vous n’en aurez jamais en proposant une analyse de quoi que ce soit.

Alors, un jour, j’arrêterai. Je me ferai Hermite et ne me plaindrai plus de la nullité des médias, des politiques et de ce monde mourant. J'aiderai simplement autant que je le peux mes enfants à le changer à leur niveau.

Mais cet après-midi, j’ai encore craqué et me suis demandé : “Tiens, mais qu’est-ce qu’il a encore pu dire l’autre con ?” Alors, j’ai regardé une vidéo de moins de vingt minutes et j’ai pleuré, j’ai vomi, j’ai éructé les restes de ma bronchite et j'ai pris des notes.
Parce qu’il faut bien dire ce qui est : notre Président a un problème. Avec l’Histoire, qu’il ne connaît pas et avec laquelle il triche pour l’arranger en permanence avec son prisme idéologique. Et avec le peuple, qu’il exècre, sur lequel il crache en permanence dès lors que celui-ci n’est pas d’accord avec Jupiter.

En écoutant son discours commémoratif du 11 novembre, je me suis encore énervé de la perversion de ses propos. Faux, arrangés, idéologiques. Son air de poète niais n’a pas suffi à m'enivrer… Il faut bien admettre un bon coup qu’il est aussi mauvais que Hollande l’était dès qu’il s’agit de lire un texte, et ce n’est pas l’assemblée présente à la commémoration (à part peut-être Mme Merkel) qui me contredira tant elle semblait s’ennuyer, phrase après phrase. 

Je retiens plusieurs choses de son trop long discours qui ne font qu’amplifier encore le total irrespect que j’ai pour ce trop jeune Président, présomptueux et irresponsable. 

Tout d’abord, bien évidemment, pas un mot sur les raisons de la guerre et sur les gens et leur système qui l’ont faite. Dans les mots du Président, la 1ère Guerre Mondiale est devenue ce matin celle de peuples qui se seraient entre-déchirés, masquant ainsi totalement les embrigadements et les propagandes, ainsi que la responsabilité des dirigeants.

Mais Monsieur le Président, désirant NOUS faire la morale, se devait bien de se préserver en ne se considérant pas le descendant de ces dirigeants d’il y a cent ans. Il fallait bien qu’il nous prévienne que si la guerre revenait un jour, ce serait NOTRE faute, pas la sienne. Pas celle des dirigeants qui déclarent les guerres, signent des ordres de mobilisation et appuient sur les boutons.

Durant ces quatre années, l’Europe manqua de se suicider” nous dit-il. “L’humanité s’était enfoncée dans le labyrinthe hideux d’affrontements sans merci. Dans un enfer qui engloutit tous les combattants de quelque côté qu’ils soient, de quelque nationalité qu’ils soient.” Ainsi, pour Macron, la guerre est affaire d’hommes, les combattants. L’humanité était une et chacun semble être responsable au même titre que l’autre.

Car sur ce sol de France, poursuit-il, le Monde entier était venu combattre” Non, Monsieur le Président ! En utilisant ce simple verbe d’action, le verbe être, exprimant l’action de venir, il s’agit de faire croire au déplacement volontaire de ces hommes. Et en inversant le sujet, il s’agit de pervertir la réalité : car ces hommes ne sont pas venus. Des dirigeants les ont embrigadés. C'est tout autre chose, il n’y a pas eu de fatalité : les ordres ont été donnés et nous savons par qui. Les embrigadements de bretons ou d’africains ont eu lieu, et nous savons par qui. Des mutins ont été exécutés, et nous savons par qui. Des troupes entières ont été envoyées au casse-pipe, et nous savons par qui. Et ceux qui étaient bien au chaud, loin du front, nous les connaissons aussi. Il y avait bien des sujets suivis de vrais verbes d’action. Et il y avait bien des sujets transformés malgré eux en objets par d’autres sujets. La grammaire, c’est quelque chose, tout de même, Monsieur le Président ! Ca change le sens des choses...

Et il continue, évoquant “le souvenir de ceux qui sont morts pour nous, pour que nous puissions vivre libres.” Oh là ! Doucement, doucement ! Comment ça, ces gens sont morts pour nous ? Il y avait une intention, celle de mourir pour que les générations suivantes soient libres ? Ou n’est-ce pas plutôt une revisite maladroite de l’Histoire qu'il arrange de réinterpréter ?

Souvenons-nous”, martèle-t’il alors d’un ton grave. “Ne retranchons rien de ce qu’il y avait de pureté, d’idéal, de principe supérieur dans le patriotisme de nos aînés : cette vision de la France comme Nation généreuse, de la France comme projet, de la France porteuse de valeurs universelles, a été dans ses heures sombres exactement le contraire de l’égoïsme d’un peuple qui ne regarde que ses intérêts. Car le patriotisme est l’exact contraire du nationalisme. Le nationalisme en est la trahison.

Stop ! Ça fait beaucoup. Il y a tant à dire… Le patriotisme de nos aînés aurait été pur, idéal, supérieur ? Mais de quoi parle ce type ? Notre Président fait de l'Histoire comme le ferait Hanouna et sa clique ! Si je prends l’exemple de nos ancêtres bretons, et je pourrais prendre celui de tellement d’autres régions françaises, il est impossible de dire qu’ils étaient patriotes. D’un, il suffit de relire les journaux de l’époque pour comprendre la propagande de masse pratiquée en vue de provoquer ce faux patriotisme contre l’ennemi allemand qui allait venir égorger les enfants. De deux, l’école de la République avait eu pour mission après 1880 de former des jeunes prêts à aller se battre, réinventant elle-même l'Histoire, forgeant des héros "nationaux", créant artificiellement un "amour" de la Nation. De trois, nos ancêtres ne parlaient pas français mais breton. Il y avait donc d’une part un sentiment national créé de toute pièce par l’Etat, certainement pas intuitivement par le peuple, et de l’autre une absence de considération d’appartenir à une nation dont la culture aurait été unique et les valeurs communes partagées. Dire cela, c’est jouer avec l’Histoire, c’est mentir. Dire cela, c’est servir une idéologie présente en se servant d’une tromperie.

Et il continue, encore, parlant de “ceux qui se sont sacrifiés dans les combats, ceux où la nation et la démocratie les avaient engagés.” Ha, un petit changement de sujet qui ne fait pas de mal, merci. Mais le mal a déjà été fait et bien fait auparavant. Mais surtout, que vient faire la démocratie là-dedans ? A l’époque, la France sort d’un siècle indécis entre République chancelante, retours à la Monarchie et Empires ! Nulle trace de démocratie durant tout le XIXème siècle malgré une Révolution dont nous aimerions bien dire qu’elle nous l’a apportée. Et que dire de la IIIème République dont nos élus aiment retenir qu’elle aura fait émerger de fameuses lois dites démocratiques ? Car elle a aussi été celle qui a tué la Commune, c’est-à-dire une tentative du peuple de faire autrement, sans elle. Elle était colonialiste, et il n’est pas possible de penser une démocratie dans des frontières s’il s’agit d’aller exploiter en-dehors. Elle était aussi une République dont les écrits montrent combien le peuple était méprisé par les élites.
Non, la démocratie n’a rien à voir dans cette Histoire. La guerre n’a pas été faite en son nom.

Mais cela n’empêche pas le Président de réciter une chanson lamentable tant elle se force à faire mentir les morts : “Chacun d’eux est le visage de cette espérance pour laquelle toute une jeunesse accepta de mourir.” Dois-je sérieusement reprendre mot pour mot cette phrase pour exprimer combien elle n’est que mensonge ? Les paysans devenus soldats par la force (qu’il est possible d’appeler l’ordre, c’est identique, il s’agit de la violence d’Etat légalisée) n’espéraient rien d’autre que de vivre tranquilles, il n’exprimaient rien qui se rapporte à un tel discours fumeux. Cette jeunesse n’a pas accepté de mourir, en se disant “Oh oui, tiens ! C’est sympa, mourrons pour la patrie !” Non, cette jeunesse a été contrainte de mourir par décision d’Etat de déclarer la guerre alors que cette dernière était évitable et illégitime (puisque les raisons invoquées n’étaient pas les vraies). Cette jeunesse n’a pas accepté, elle a été sacrifiée par la force.

Additionnons nos espoirs au lieu d’opposer nos peurs.” s’émerveille Macron dans une tirade à laquelle il croit peut-être mais qui ne me trompe pas. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas les mêmes espoirs que nos dirigeants, et je suis certain que la majorité des gens non plus. Je ne peux pas additionner mes espoirs de paix, de vie digne, pour tous ici et ailleurs, aux espoirs libéraux de Macron qui nous conduisent vers un possible anéantissement de nos cadres de vie, au nom d'une certaine idée erronée et débile du progrès.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : Macron ment sur l’Histoire pour justifier sa politique libérale destructrice : “Ensemble, poursuit-il, nous pouvons conjurer ces menaces que sont le spectre du réchauffement climatique, la pauvreté, la faim, la maladie, les inégalités et l’ignorance. Nous avons engagé ce combat, et nous pouvons le gagner.” Quelle perversion, une fois de plus : c’est le capitalisme qui est la cause principale de la 1ère Guerre Mondiale et de la seconde. C’est le capitalisme qui exploita le monde d’hier comme il le fait aujourd’hui. C’est au nom des plus riches et des plus puissants que le capitalisme exploite, met en esclavage, tue, envahi, décide du destin de peuples, soumet, expatrie, détruit le sol, les eaux et l’air. C’est au nom de ce capitalisme, devenu idéologie politique dominante, le libéralisme, que Monsieur Macron entend nous faire croire qu’il va tout résoudre. Le spectre du réchauffement climatique, vraiment ? Ce n’est pas un spectre, il est là et il n’est pas le seul désastre écologique en marche. C’est le capitalisme qui l’a provoqué et l’actualité récente nous a démontré l’incapacité des dirigeants à changer de cap et leur totale inconséquence. La pauvreté et la faim, vraiment ? Vingt milliards par an suffiraient, nous dit-on, pour les conjurer. Contre quelques 2543 milliards que coûtent les armées dans le Monde (chiffre wikipedia) et 1000 milliards pour la pub !

Allons, Monsieur le libéral, tout cela n’est pas sérieux ! Vous n’avez pas, vous n’avez jamais engagé le combat dont vous parlez et vous ne le ferez jamais. Et nous, les peuples, nous continuerons de souffrir et de subir les guerres que votre idéologie provoque tant que ce capitalisme continuera de séduire et de soumettre.

A bon entendeur.