Comment penser la 1ère Guerre Mondiale ?

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L’Etat Français inaugure les cent ans de la fin de la 1ère Guerre Mondiale. Pendant ce temps, trois choses me frappent : la première, c’est l’incapacité d’une majeure partie de la presse à penser cette Guerre dans sa complexité. La deuxième, c’est la colère du peuple qui gronde, rappelant les mêmes colères d’il y a un peu plus de cent ans, avant que la guerre n’éclate.

Enfin, la troisième est notre Président sourd à “son” peuple comme il l’est à ce qu’a été Pétain à Verdun. Verdun, c’est une tuerie sans nom. Je ne comprends pas qu’on accepte d’un Président qu’il dise du chef de cette bataille qu’il a été un grand soldat du seul fait qu’il l’ait gagnée. L’Histoire nous raconte l’imbécilité des ordres donnés qui condamnaient des innocents, des paysans, pas des soldats, à la boucherie. Pour rien. Qu’il ait “gagné” Verdun n’excuse rien à la boucherie qu’il a participé, bien au chaud, à générer. De plus, Verdun ce sont des exécutions en masse pour désertion ou refus de combattre. Impardonnable. Autant pour Pétain que pour celui, fût-il Président de la République, qui ne comprend pas que le peuple français ne doit pas être de la chair à canon, que ce soit dans les tranchées de 14-18 ou dans les usines et bureaux d’aujourd’hui. 

Il y a bien des choses à rappeler pour expliquer cette guerre et mettre un peu de perspective.

Rappeler tout d’abord que la première Guerre Mondiale n’a jamais été voulue par les peuples et qu’il est vain de nous faire croire que nous aurions une quelconque responsabilité. Celle des industriels, des politiques et des médias de propagande en revanche est bien réelle. Car, dans une Europe capitaliste, esclavagiste et impérialiste, qui avait l’intérêt à cette guerre ? Pas les peuples, pas les paysans.

Rappeler alors que nous sortions du XIXème siècle. Le siècle le plus horrible, industriel, esclavagiste, celui décrit par Hugo, par Zola. En France, issu d’une Révolution Française qui n’a jamais donné la démocratie (lire “Démocratie, histoire d’un mot aux Etats-Unis et en France”) ni les prétendues libertés aux peuples, ce siècle est celui de l’industrie qui a profité de la Révolution pour s’octroyer la propriété des moyens de productions pour exploiter la force de travail.

Rappeler le rôle de la République et de sa fière école pour créer des adultes prêts à se battre pour elle.

Rappeler qu'au début du XXème siècle, après ce XIXème barbare, les peuples grondaient en Europe. Partout, les idées communistes et anarchistes fleurissaient. Aussi, dans un désir capitaliste de conquêtes, les Nations, les Empires et les industriels ont préféré la guerre à la Révolution. Ils ont préféré continuer à dominer que voir leur pouvoir s’écrouler au nom de plus de démocratie. Il leur fallait chacun en sortir plus fort que le voisin, posséder les énergies (charbon et pétrole), les routes commerciales, les océans, les colonies. Bref, ils ont préféré taire les Révolutions naissantes par une “bonne guerre”, tuer une jeunesse entière, et continuer à exploiter la planète.

Rappeler également que la suite n’est que reproduction : ce ne sont pas les peuples qui ont voulu la seconde Guerre Mondiale. Les mêmes aspirations renaissaient : qui parle de l’Espagne et des industriels préférant Franco à la fin du capitalisme ?

Rappeler que ce que la France a connu de bien après 1945, elle le doit aux communistes, au Conseil National de la Résistance qui a instauré le système social que nous connaissions jusqu’alors. Celui-là même que les derniers gouvernements ont contribué à détruire et que Macron condamne aujourd’hui, méprisant le peuple français, l’insultant chaque jour ; ne désirant de lui qu’une seule chose : sa force de travail, quel qu’en soit le salaire et le prix.

Bis repetita.

L’histoire complexe de la 1ère Guerre Mondiale, c’est celle du capitalisme aveugle et sourd aux peuples. Un capitalisme qui ne connaît que l’exploitation. Pour lui, hier comme aujourd’hui, les peuples ne sont que force de travail.

Rappeler donc enfin que le capitalisme ne se résume pas en une société de consommation comme nous avons tendance à le penser, mais bel et bien à une société de surproduction en perpétuelle recherche de croissance. C’est donc exploiter, toujours plus, hommes, femmes, enfants, nations, planète. C’est tout détruire, sans autre solution pour demain que taire les révolutions des peuples qui n’en peuvent plus.

Rappeler alors qu’il est pervers pour un Président de pleurer les morts de Verdun quand il ne s’agit que de vouloir perpétuer ce même capitalisme sourd et cruel.

Et dire peut-être enfin bien haut et fort qu’au final, ce qui devrait nous importer à tous, c’est d’avoir intérêt collectivement au bonheur de tous ; que ce qui devrait compter, ce pour quoi les gouvernements devraient se battre, c’est défendre l’idée que chaque humain naissant sur cette planète a le DROIT de VIVRE DIGNEMENT et que le but de toute organisation collective devrait tendre vers le fait de donner INCONDITIONNELLEMENT les moyens de ce droit. ; que toute démarche allant à l’encontre de cela serait interdite.

Ca sous-entend :

  • la fin du capitalisme et un changement complet des modes de productions. Ne pas exploiter et produire plus que ce que nous avons besoin.

  • la fin des richesses et des pauvretés ; un véritable partage PARTOUT sur la planète afin que personne n’ait les moyens de domination qui mènent aux exploitations et aux guerres.

  • la fin des dettes illégitimes et du pouvoir antidémocratique des banques.

  • et donc, inévitablement, la fin de l’exploitation ultime, celle qu’on ne voit pas, qu’on ne voit plus : la fin du travail tel que nous le comprenons aujourd’hui. La fin de l’exploitation de l’homme par l’homme, la fin des hiérarchies et des subordinations. Ca signifie l’instauration d’un salaire à vie (sur le modèle de Friot, pas celui de Valls…)

Evidemment, ce n’est pas en continuant d’accepter notre fausse démocratie que nous y parviendrons. Il faut arrêter de mettre au pouvoir ceux qui ont intérêt à ce que le système continue. Ca ne signifie pas voter pour d’autres, ça signifie ne plus voter pour ne plus leur donner leur pouvoir.

Ca signifie également changer de mode de vie, bien au-delà du fait de ne pas laisser couler l’eau quand on se brosse les dents.

Ce sera long, difficile. Ce sera même peut-être vain car ce monde va s’écrouler, c’est une certitude mathématique et scientifique. Nous ne savons seulement pas le moment et l’ampleur de la catastrophe.

 

Si la fin de ce texte vous effraie, vous pouvez bien sûr continuer de rêver et ne plus penser à ça. L’esprit humain est très fort quand il s’agit de choisir un prisme unique pour penser la réalité. Et la télé vous y aidera, Macron aussi.